|
QueMasDa écrit : Le Combat Ordinaire Tome 4 - Planter des clous
M. Larcenet - publié chez Dagaud
Manu Larcenet est un artiste. Il sait dire les émotions humaines. Les prendre délicatement dans son hypothalamus, amas biologique ; les déposer sur un support minéral et organique ; par le biais de couleurs, de mots, de papier, de dessins… Avec la conviction délirante, ou peut-être simplement l’espoir, que ces émotions s’en iront revivre (intactes !) dans l’esprit d’un autre être humain. Folie ! Simplement en lisant sa BD !
Voilà pour moi la définition la plus simple de la démarche artistique : l’émotion partagé avec l’autre. Manu est un artiste. Quand il rit nous rions. En tous cas moi il me fait rire. Quand il pleure j’ai la gorge serrée. Quand Manu, ou plutôt son alter ego Marco, est en colère, amoureux, quand il a peur… quand il aime, cela résonne en moi.
Mais voilà, quand Larcenet est en proie au doute et à la désillusion cela me renvoi à mes propre doutes et déceptions. « Planter des clous » est tout entier baigné dans cette ambiance aquoibonniste ou tout semble tellement dérisoire. Même les colères passées. Alors que Marco(Manu) était encore dégoûté par la présence du borgne au 2ème tour de 2002, Manu(Marco) accueille l’élection de Grincheux 2007 avec une apathie teinté de désenchantement, au milieu des vestiges de la fin d’un monde. Celui de son enfance. Parmi les ouvriers de l’usine métallurgique condamnée à fermeture par délocalisation.
Là est le centre de sa BD : la saoûlographie nocturne et désenchanté de Marco et son pote retraité syndicaliste. Et le long monologue amer de ce dernier.
Amertume. Désillusion. Désenchantement.
Pas seulement. Bien sûr l’idée véhiculé par le titre nous laisse un espoir d’échapper au suicide ; malgré tout, même si c’est dérisoire oeuvrons pour améliorer le monde avec nos moyen, en faisant ce que nous savons faire. Et si nous ne savons que planter des clous, plantons des clous.
Voilà. Il n’y a pas que ça dans cette BD mais je vous laisse découvrir le reste, parce que quoi qu’il en soit, cette bd est incontournable.
Je finirai par une petite digression personnelle. Dans certaines philosophies occidentales et orientales, la désillusion voir le désespoir sont considéré comme un passage vers la sagesse. Il s’agit de considérer la réalité sans fard, sans illusion, sans espérance et de l’accepter pour ce qu’elle est. De ce point de passage plusieurs chemins se présentent :
L’un mène à l’aigreur, la tristesse, la misanthropie, à l'inaction. Et transforme l'humour en sarcasme. Ce chemin peut inciter à tourner en ridicule les tentatives maladroites d’un chanteur peu inspiré, mais sincère dans son désir de militer pour un monde meilleurs.
L’autre mène à la sagesse, à l’action même si elle est sans illusion, à l’amour de cette action, à l’amour du monde vrai (sortie de la Matrice, même si ce monde est moche). A l'humour et à l'auto dérision. Ce chemin mène à planter des clous. Et à l’indulgence envers ceux qui les plantent maladroitement.
Le dernier tome de Larcenet nous laisse à la croisée des chemins. …et c’est con pour un dernier tome.
|