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Yaourth écrit : Les Netocrates
Une nouvelle élite pour l'après-capitalisme
Jan Sodqervist / Alexander Bard
Ed. Leo Sheer
Le système érigé depuis deux siècles par bourgeoisie capitaliste s'effondre, incapable de s'adapter aux changements du temps... désormais, les maîtres du monde s'appellent les Netocrates.
A.Bard est philosophe, sociologue, pionnier du e-commerce sur internet, producteur de musique et artiste. J Soderqvist est journaliste et travaille pour la télévision entre deux critiques de cinéma dans un quotidien suédois.
Deux personnes très au fait, donc, des changements liés aux nouvelles technologie et à leur impact sur la vie quotidienne.
Leur étude commence donc par un postulat : ce que nous avions écrit il y 8 ans, dans la première édition, est en train d'arriver. En effet, en 2000 déjà, les deux auteurs avaient annoncé l'émergence des sites communautaires type Facebook, la mort des copyrights et la naissance d'une nouvelle classe dominante appelée à remplacer la bourgeoisie capitaliste. Une classe dominante établie sur sa capacité à gérer l'information et à piloter des réseaux : les Netocrates.
Partant d'un phénomène qu'ils décrivent comme similaire, à savoir le remplacement de l'aristocratie féodale par la bourgeoisie capitaliste suite à l'invention de l'imprimerie, Bard et Soderqvist expliquent, à force de raccourcis plutôt bien cachés, que la Netocratie est en marche et que rien ne pourra l'arrêter. En donnant des exemples évidents, comme la transformation de la politique en spectacle ou le remplacement de toute réflexion par des slogans, ils démontrent que la société est en train de se réorganiser autour de réseaux flous, mouvants, sans limites physiques ni frontières... ces réseaux sont d'autant plus puissants que leurs membres possèdent d'informations que les autres n'ont pas. Au final, ce n'est plus la politique, l'état-nation ou même les multinationales qui décident... ce sont les groupes de relations publiques et les lobbies.
Il suffit d'allumer la radio ou la télé pour immédiatement se rendre compte de la pertinence de certains exemples, en particulier ceux qui montrent dans quelle mesure les politiques ne sont plus que les marionnettes de médias (Nicolas, si tu nous lis...). Tout comme l'aristocratie féodale, au XVIIIème, était devenue le jouet de la bourgeoisie.
Seulement voila, après cet état des lieux et ces éléments très intéressants, les deux auteurs se lancent dans la prospection et poussent leur raisonnement plus loin... donnant le plein pouvoir à ces mystérieux Netocrates qui dirigent le monde du Consomtariat abruti de publicité et de programmes-télé débiles.
On obtient alors un pur délire digne des plus grands récits de SF... c'est assez flippant. D'après eux, rapidement, notre société va rassembler à un mélange de Bienvenue à Gattacca, de Soleil Vert et de Blade Runner : clonage, individualisme absolu, société fourmilière, mégapoles comme seuls lieux d'habitation possible... au détriment des campagnes qui retourneront à l'état sauvage... La vache, ça promet quand même.
Emporté par la solidité de la première partie, le lecteur peut facilement se laisser aller à la lecture de la seconde sans percevoir les failles, énormes, dans le raisonnement logique. Effectivement, si on pousse la théorie Netocratique à l'absurde, c'est peut-être ça qui arrivera... sauf que les deux auteurs ont oublié quelques éléments : par exemple la majorité de la population de la planète n'est pas connecté à Internet et passe plus de temps à chercher de l'eau qu'à zoner sur YouTube.
La théorie Netocratique est donc bridée par son manque de globalité : elle s'applique à une toute petite partie de la population, la civilisation occidentale, qui risque fort, à moyen terme de devoir céder du terrain, ne serait-ce que par le manque de ressources naturelles (ça sera pratique d'avoir Internet quand on n'aura plus de courant pour alimenter les bécanes...).
Brad et Soderqvist tombent donc un peu dans le piège qui consiste à croire qu'une vérité idéologique s'applique partout, comme une loi physique... hors, rien n'est plus faux... les pressions extérieurs, les contraintes de la réalité, seront toujours là pour faire imploser l'idéal netocratique.
Peut-être qu'il y aura des grosses mégapoles indépendantes qui pratiqueront le clonage, la sélection génétique... où chacun sera identifié par ses multiples avatars et où la schyzophrénie sera encouragée...
Et ça sera vraiment un monde de merde.
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