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Yaourth écrit : Les Enfants du Plastique
Thomas Clément
Edité chez Au Diable Vauvert
"Je m'appelle Franck Matalo, je suis PDG d'UNIQUE MUSIQUE FRANCE..."
ainsi commence cette histoire courte, violente, décadente...
Franck Matalo est à la tête d'un empire. Il dirige UNIQUE MUSIQUE FRANCE, le dernier producteur de musique du pays, filiale monstrueuse d'UNIQUE MUSIQUE MONDE. Son job : inonder le marché de la musique avec ce que les gens veulent entendre... et faire en sorte que les gens aient envie d'entendre ce que lui a décidé.
Franck Matalo est celui qui a éliminé le piratage, la diffusion libre et le support physique. Nous sommes en 2010. La musique est numérique.
Elle est conçue par des logiciels, vendue par des logiciels, diffusée sur les TéléPod et même l'échange d'un fichier entre particuliers est désormais payant.
Chacun est devenu un distributeur de produits issue d'études marketings qui n'ont plus aucun lien avec le concept de création : les artistes sont construits dans les salles de réunion d'UMF et il n'existe plus que 14 trames musicales approuvées. La production musicale ne coûte plus rien et n'a jamais autant rapporté... et cette année, avec Loli-Zée, Franck Matalo et son assistant François-Xavier Watefort savent qu'ils vont faire péter les dividendes : la jeune midinette pour ados a été peaufinée et le prochain album va se télécharger à des millions d'exemplaires.
Mais Franck Matalo est rongé par son passé... par la perte de sa gamine, par la perte de sa femme, par la perte de ses potes rockeurs... et il craque... il sait qu'il a tué la musique, la création, l'instinct... Alors il décide de tuer UNIQUE MUSIQUE.
Dans les caves de sa tour de verre à la Défense, il trouve une bombe : la maquette déguelasse d'un groupe de paumés de Limoges... deux guitares, un bassiste et un batteur qui éructent leur haine de la société, du monde dans un déluge inaudible de décibels et d'insultes... Un groupe appelé Intestin.
Franck Matalo a décidé de les produire... et de détruire l'édifice qu'il a lui même bâti. Il se donne trois mois.
Et c'est le début de l'enfer...
Derrière la parodie de ce groupe de punks crétins et incontrolables lachés dans le monde aseptisé de la prod musicale de 2010, Thomas Clément nous décrit un univers à peine différent de ce que les grandes majors sont en train de mettre en place pour contrôler l'énorme marché de la musique : artistes formatés, musiques calibrées, flingage systématique de tout ce qui dépasse, élimination des références à toute culture musicale et canalisation des échanges grace à la technologie. La musique est une industrie, par un art.
La connivence des médias, l'absence de toute critique, l'abrutissement des gamins dès la maternelle... tout est là... expliqué... on rigole, évidemment, car c'est tellement gros... et puis non... c'est là, c'est pour bientôt, c'est ce qui est en train d'arriver... et on rigole moins.
Certains passages sont à pleurer de rire (la première nuit du groupe dans un hotel de luxe parisien, les relations entre Intestin et Watefort, l'enregistrement avec l'ingé du son surnommé Soupline...) mais l'ensemble est d'un noir total...
Le message est distillé sur plusieurs niveaux de lecture, rien n'est oublié et chaque chapitre est une attaque contre le système. La fin, dans une apothéose trash-gore complétement surréaliste, laisse le lecteur en vrac... C'est violent, speed, jouissif, désespéré... c'est punk.
A lire d'urgence avant qu'il ne soit trop tard....
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